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Jeanne Smith (1857-1943)

Jeanne Smith naît à Paris en 1857. Sœur ainée de Madeleine Smith-Champion, on connait moins les détails de son existence. On sait qu’elle s’initie à la photographie en 1883. Elle prendra de très nombreux clichés illustrant la vie familiale à Nogent, l’activité de peintre de sa sœur ou les voyages accomplis avec sa mère et sa sœur, puis avec sa sœur et son mari, Pierre Champion en Europe, au Maghreb ou au Moyen-Orient. Elle entretiendra une relation de forte amitié avec Ottilie Roederstein, jeune femme peintre et élève comme Madeleine de Jean-Jacques Henner. Roederstein peindra plusieurs portraits de Jeanne dont un grand portrait en pied avec un lévrier daté de 1897. Ottilie Roederstein retournera ensuite en Suisse et sera la compagne de la première femme chirurgien allemande, Elisabeth Winterhalter, avec laquelle elle finira ses jours à Hofheim am Taunus (Hesse). Jeanne secondera efficacement sa sœur dans la gestion de l’hôpital militaire auxiliaire installé dans la propriété de Nogent pendant la guerre de 14-18. Elle apprendra les rudiments du métier d’infirmière à cette occasion. Elle s’installera dans la maison du 14, rue Charles VII où elle vivra avec sa compagne, rencontrée en 1912, Rosalie Pataud. Peu de temps avant le décès de sa sœur en 1940, Jeanne prendra des dispositions testamentaires qui confortent le legs consenti en 1937 par Madeleine à l’Etat français. Elle s’éteindra à Nogent, le 18 mars 1943. Elle est enterrée aux côtés de sa sœur et de ses parents dans le caveau familial du Père Lachaise.

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Madeleine Smith-Champion (1864-1940)

Madeleine Smith nait à Paris le 18 novembre 1864. Son père, Jules Smith, greffier au tribunal civil de première instance du département de la Seine, descend d’une famille d’origine anglaise implantée en France depuis le milieu du 18ème siècle. Sa mère, Léontine Lesouef, fait partie d’une famille aisée de négociants en métaux précieux. Madeleine a une sœur ainée, Jeanne, née en 1857. La famille vit entre la rue Michelet à Paris (5ème) et la propriété de Nogent au 14, rue Charles VII, l’actuelle Maison des artistes, que Jules a achetée en 1860 et que les Smith ne vont cesser d’agrandir par des achats successifs. Jules meurt prématurément en 1868. Au cours de la guerre de 1870, Léontine fuit Paris avec ses deux filles pour se réfugier dans l’Ouest de la France puis à Bordeaux. Les enfants sont élevées par des gouvernantes et des bonnes anglaises. Très tôt, avec leur mère, Jeanne et Madeleine entreprennent de nombreuses excursions en France et à l’étranger. Elles garderont ce goût leur vie durant. En 1887, Madeleine commence à peindre. Elle intègre l’atelier de Jean-Jacques Henner, l’un des rares artistes à enseigner à des femmes qui, à l’occasion, lui servent de modèles. Madeleine expose à partir de 1889 au Salon de la société des artistes français. Elle recevra la médaille de bronze en 1891 pour sa Jeanne d’Arc. En 1894, Léontine Smith fait l’acquisition du 16, rue Charles VII. Les deux propriétés contigües sont réunies. Madeleine expose régulièrement au Salon de la Société des artistes français. A l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, Madeleine présente plusieurs œuvres. Un projet de mariage entre Madeleine et Jean-Jacques Henner s’esquisse à cette époque qui sera interrompu par la maladie puis le décès de Henner en 1904. Dans le même temps, Pierre Champion, fils de l’éditeur Honoré Champion, commence l’inventaire des collections de l’oncle maternel de Jeanne et Madeleine, Auguste Lesouef qui mourra en 1906 léguant à sa sœur et à ses nièces l’ensemble de ses collections. En 1907, Madeleine épouse à 47 ans, Pierre Champion, âgé de 27 ans. Le mariage est célébré en l’église Saint-Saturnin de Nogent en présence de nombreuses personnalités dont Anatole France, les frères Tharaud, Pierre Louÿs, la duchesse de La Rochefoucauld-Bisaccia. En, 1908, la famille Smith s’oppose au projet de boulevard qui doit traverser le parc de la propriété de Nogent. En s’appuyant sur le souvenir du peintre Watteau qui y aurait vécu ses derniers mois, elle réussit à écarter le danger et obtient le classement du parc. En 1909, Mme Smith mère meurt, Madeleine et Pierre Champion s’installent au 16, rue Charles VII. Jeanne occupe de son côté, la maison du 14, rue Charles VII. Les années suivantes s’écoulent entre voyages (Italie, Grèce, Turquie, Tunisie, Algérie) et expositions annuelles dans les principaux salons. Lorsque la guerre éclate en 1914, Pierre part au front. Madeleine secondée, par sa sœur, ouvre l’hôpital militaire auxiliaire n° 73 à Nogent. Avec une équipe de médecins, d’infirmières et le personnel de la maison, elles accueilleront jusqu’à 70 blessés ou gazés. Raymond Poincaré, président de la République, visite les installations le 1er avril 1916. Dans le même temps, Madeleine dirige la construction, entre les deux maisons du 14 et du 16, rue Charles VII, d’un bâtiment-bibliothèque destiné à accueillir l’ensemble des collections de l’oncle Lesouef. Madeleine est décorée de la Légion d’honneur en 1920 pour son action pendant la guerre et reprend son activité de peintre. Pierre Champion est depuis 1919, maire de Nogent-sur-Marne. Madeleine délaisse les scènes de genre et se consacre aux portraits et aux nus de femmes qui seront chaque année exposés au Salon jusqu’en 1939. Elle peint par ailleurs, sans relâche des études du parc qui ne seront pas montrées. En 1937, Madeleine Smith institue l’Etat français, légataire universel. Elle s’éteint le 18 avril 1940 et est enterrée dans la sépulture familiale du Père Lachaise. Son époux, Pierre Champion organisera à Nogent une rétrospective de son œuvre où seront présentées 120 toiles.

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Maurice Guyot (1898-1991)

Maurice Guyot dit Maurice Guy-Loë

Maurice Guyot nait à Lyon le 19 mai 1898. En 1912, il décide d’abandonner ses études secondaires pour se consacrer à la peinture. Il est admis à l’Ecole nationale des Beaux-Arts dans l’atelier de Cormon. Il sera également l’élève de Raphaël Colin. Il participe à la guerre 14-18 et prend part notamment aux combats autour de Château-Thierry où son régiment se distingue.
Il est ensuite affecté en 1919 au 8ème génie et est envoyé en Turquie pendant un an.

Après des débuts difficiles, il reçoit une bourse de la fondation américaine Florence Blumenthal qui lui permet de produire et d’exposer dans les principaux salons (Tuileries, Nationale des Beaux-Arts, salon d’Automne, Indépendants). En 1924, il adopte le pseudonyme de Guy-Loë puis obtient plusieurs bourses de voyage à Rome et au Royaume-Uni. A partir de 1931, il reçoit ses premières commandes importantes pour le salon de musique du pavillon Deutsch de la Meurthe à la Cité universitaire ou pour le parloir de Janson-de-Sailly. En 1937, il participe à la décoration du pavillon des Etats pontificaux à l’Exposition universelle.

Pendant la deuxième guerre, il commence à s’occuper de la situation de ses camarades artistes en tant que secrétaire général de l’Entraide. Il fonde la première coopérative qui va s’établir rue Berryer à l’hôtel Salomon de Rothschild.

À la fin de la guerre, il persuade les autorités du ministère des Beaux-arts de créer une maison de retraite pour artistes âgés dans la propriété léguée à l’Etat par la famille Smith-Champion à Nogent-sur-Marne. Ce sera la Maison nationale des artistes. Il commence à l’aménager et s’y installe comme premier directeur.

En 1947, il reçoit les premiers artistes résidents. Il travaillera parallèlement à la mise en place d’un système de sécurité sociale pour les artistes.

En 1961, il épouse Henriette Noufflard, fille des peintres André et Berthe Noufflard. Dans les années 60, il recevra plusieurs dons qui lui permettront d’agrandir et d’améliorer les conditions d’accueil de la Maison nationale des artistes. Il participe également au développement de la construction d’ateliers dans le parc de la Maison avec l’appui de Bernard Anthonioz au ministère de la culture.

En 1976, la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques est créée et reçoit la gestion de la Maison nationale des artistes. Guy-Loë continuera à participer à la vie de la Maiosn et de la Fondation jusqu’à son décès le 24 mars 1991.

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Bernard Anthonioz (1921-1994)

Initiateur de la création de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques en 1976, Bernard Anthonioz a consacré sa vie entière au service des artistes et au développement de la création contemporaine dans le domaine des arts plastiques.
Né à Genève, il poursuivra des études de lettres à Lyon au début de deuxième conflit mondial. Avec Albert Béguin, son ancien professeur de latin et de grec, il fonde, en 1941 après l’interdiction de revues comme Esprit, les Cahiers du Rhône. Il se chargera de faire passer en Suisse pour les publier des oeuvres comme Les Yeux d’Elsa d’Aragon et contribuera, pendant cette période troublée, à la diffusion de textes d’Eluard, Bernanos, T.S. Eliot, Mounier, Saint-John-Perse, Maritain, Cayrol o P. Emmanuel.


Il tisse ses premiers contacts avec l’art contemporain en entrant chez Skira après la guerre et en publiant des monographies sur Giacometti, Balthus, Léger ou Matisse. C’est à cette époque qu’il rencontrera André Malraux. Il travaillera un temps au Commissariat général au Tourisme dont il modernisera l’image en employant des photographes comme Brassaï, Cartier-Bresson ou Doisneau avant de rejoindre Malraux, au ministère de la Culture en 1958 pour suivre à son cabinet la mise en place des lois sur le patrimoine, la sauvegarde des monuments historiques, la valorisation du patrimoine contemporain comme la Villa Savoye.


En 1962, il prend la direction du nouveau service de la création artistique où il fonde les principaux mécanismes toujours en vigueur dans le secteur (1%, commande publique, loi sur les dations, aide à la première exposition,…). Il renforce la protection juridique et sociale des artistes (extension de la Sécurité sociale, construction d’ateliers, décret sur les œuvres originales).Il crée le Centre national des arts contemporains qui, avant le Centre Georges Pompidou, fera connaître Karal Appel, Sam Francis, Morellet, César, Vieira da Silva, Raynaud Rancillac , Morellet, Klein et tant d’autres. Il encourage les premières grandes rétrospectives de Picasso, Braque, Chagall, Miro ou Matisse et relance les grandes institutions comme Sèvres ou Les Gobelins par la commande publique à de jeunes artistes comme Zao-Wou-Ki, Rebeyrolle, les Lalanne, Debré Soulages, Hadju,…

Après son départ du ministère, il contribuera au développement d’institutions privées ou de fondations (Gleizes, Dina Vierny, Maeght, Le Corbusier). En 1976, il créera la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques et sera membre du conseil d'administration jusqu'à sa mort en 1994. La Fondation a tenu à donner son nom au centre d’art qu’elle a ouvert en 2006 à Nogent-sur-Marne, la Maison d’Art Bernard Anthonioz.