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1914 : l'hôpital militaire auxiliaire n°73

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Pendant quatre ans, les pays d’Europe et leurs alliés vont s’affronter dans l’un des conflits les plus meurtriers de l’histoire du continent. Dès le début de la guerre, de nombreuses initiatives généreuses sont prises par des particuliers pour participer à l’effort de guerre. A Nogent, Madeleine (qui vient d’épouser Pierre Champion) et sa sœur Jeanne Smith, les propriétaires du domaine où est installée notre Maison conformément à leur volonté, décident d’y ouvrir « une ambulance* de 35 lits ». Ce qui étonne en premier lieu, c’est la rapidité de décision qui est prise dans une lettre que Madeleine Smith écrit à Louis Barthou, le Président du Conseil - l’équivalent de notre Premier ministre actuel, courant août 2014, quinze jours à peine après le début du conflit. C’est dire que nos deux sœurs sont des femmes d’action qui n’hésitent pas longtemps avant de s’engager de façon plus que concrète pour se mettre au service de l’Etat. Elles ont vu les convois de blessés qui passent par Nogent et qui témoignent de la violence du choc dès le début des batailles sur le front de l’Est ; elles ont aussi certainement en tête, la guerre de 1870 qui les a contraintes à fuir à Bordeaux, encore enfants avec leur mère, jeune veuve alors, au moment où les bataillons prussiens assiègent Paris et sont présents à Nogent. L’installation des lits se fait dans la foulée et elles disposent d’une infirmière-major prête à accueillir les premiers blessés. Une inspection de l’installation est faite par un médecin dépêché par le ministère de la Guerre qui les assure de sa conformité. Dès septembre, Jeanne part sur le front en compagnie du docteur Le Maguet qui a prodigué les premiers conseils pour l’aménagement de l’hôpital. Elle emmène avec elle Claudine Large, une toute jeune fille, dont les parents tiennent le restaurant-café de La Poste au 72-74, Grand’rue, à Nogent, et qui, par courrier, dégagent Jeanne de toute responsabilité en cas d’accident, car elles partent « panser les blessés aussi près que possible des lignes ». Madeleine s’active de son côté : elle fait adhérer son hôpital auxiliaire « n° 73 » à la Société française de secours aux blessés, elle se démène pour faire installer une ligne téléphonique, recrute le docteur Ropiteau, qui se chargera de la chirurgie, lance les commandes de pharmacie, tout cela sur ses deniers personnels. La machine est lancée. L’hôpital militaire auxiliaire pourra bientôt accueillir 65 blessés. Le docteur Thomas, du Perreux, vient apporter son concours à la structure ; il sera tué au front quelques mois plus tard. Une quinzaine d’infirmières ou d’assistantes, toutes bénévoles, vont se relayer pendant quatre ans pour soigner les soldats. Le Président de la République, Raymond Poincaré viendra le visiter le 1er avril 1916. L’entrée de l’hôpital se faisait par le 16, rue Charles VII où est installée aujourd’hui la Maison d’art Bernard Anthonioz. Le vestibule qui accueillait les blessés, orné de bas-reliefs guerriers et d’une allégorie du passage du Rhin par Louis XIV, évoquait, comme le dit un chroniqueur de l’époque, « de grands espoirs, d’une rude actualité ». Les blessés s’y réunissaient par mauvais temps ou pour y jouer au jacquet, avant le dîner. L’actuelle grande salle du premier étage, donnant sur la cour d’honneur et sur le parc, hébergeait 14 lits ; sur la partie droite, occupée aujourd’hui par les services administratifs de la maison de retraite, une succession de pièces accueillait le quartier des officiers (salon de lecture, fumoir et bureau de l’administration). Plus haut, dans les combles qu’occupait alors l’ancien atelier de peinture de Madeleine Smith, on avait installé 12 autres lits, la pharmacie et la salle d’opération équipée de tout le matériel disponible à l’époque. Le dispositif était complété par un pavillon isolé à l’extrémité du parc pour les fiévreux et les contagieux, à côté du potager entretenu par les blessés les plus valides qui fournit l’ordinaire de la cuisine. De nombreux témoignages vont accompagner cette initiative désintéressée, témoignages de soldats rentrés chez eux après la guerre, de familles, de journalistes qui célèbrent la générosité des deux sœurs pendant le conflit. Mais le plus bel hommage vient des soldats soignés dans la maison au cours de leur séjour. Ils vont constituer mois après mois un journal qu’ils offriront au sortir de la guerre aux deux sœurs Smith. Ce sont quelques modestes feuillets avec des dessins, des anecdotes, des charades, des histoires drôles, des nouvelles du front, des caricatures, des poèmes manuscrits ou tapés à la machine regroupés dans des fascicules portant chacun en frontispice le titre « Le Paradis des blessés » avec une illustration qui montre majoritairement l’entrée du 16, rue Charles VII telle qu’elle se présentait à l’époque. Certains croquis sont signés MCS (Madeleine Champion-Smith). Ce sont des portraits rapidement esquissés des soldats, des vues du parc ou de Nogent, notamment le viaduc. L’un des chiens de Jeanne « Mousko » y tient aussi une chronique ! Cet ensemble qui fut relié après-guerre, constitue un témoignage unique sur la vie dans l’hôpital auxiliaire des sœurs Smith.
Pour finir, cet article paru en 1915 dans la revue « Les hommes du jour », consacré à Madeleine Smith et à l’hôpital militaire auxiliaire n° 73 et intitulé « La guerre et les femmes, autre temps…autre charme » : « Il est des femmes qui prennent toute leur signification morale en ce temps de guerre. Elles étaient, au temps de la paix, modestes, effacées auprès des belles « lionnes » brillantes pour qui la vie n’est que prétexte pour s’amuser et dominer. On disait de ces modestes qu’elles étaient insignifiantes et, sans songer à découvrir leur âme tendre et cachée, on passait. Il a fallu la grande épreuve de la guerre pour nous les révéler. Soudain ces timides sont apparues au premier plan, dévouées jusqu’à l’absolu. Combien sont-elles ainsi ? Pour ma part, j’en connais deux. L’une vient de mourir. C’était une frêle jeune fille de dix-neuf ans, Mlle Paule Morand, infirmière volontaire à l’Hôpital des Princes à Fontainebleau, qui depuis le début de la guerre, c’est-à-dire depuis dix mois, a, jour et nuit, sans relâche et jusqu’à l’épuisement, prodigué des soins aux soldats blessés. Sur sa tombe fleurie de toutes les fleurs blanches du printemps, le docteur Lejeune, médecin en chef de l’hôpital où elle trouva la mort, lui a rendu hommage. C’est là toute son histoire. Elle fut héroïque et en mourut.
L’autre vit. C’est une femme infiniment douce et bonne et si simple malgré sa grande fortune que vous ne l’eussiez jamais remarquée. Elle habite le plus joli endroit du monde, une demeure historique dans un parc enchanteur. Pour tout dire : c’est la châtelaine de Nogent, Mme P…C…, la femme de l’homme de lettres historien, la propriétaire de la maison où Watteau mourut en 1721. Peut-être connaissez-vous ce petit château du plus pur dix-huitième ? Beaucoup de parisiens l’ont visité. Imaginez, dans le décor des Fêtes galantes ou de l’Embarquement pour Cythère, dominant la Marne et les molles collines de l’Ile de France, une maison aux plus charmantes lignes architecturales, une maison faite pour abriter le luxe, la musique, les rires et les chansons, la maison de Watteau en un mot, convertie en hôpital pour les blessés de la Grande Guerre. Jusqu’ici, pensez-vous, à part le décor, il n’est rien, là, de bien extraordinaire ? Combien de châtelaines ont organisé des hôpitaux dans leurs châteaux ou dans les dépendances de leurs châteaux. ! Sans doute, mais je prétends qu’aucune ne le fit avec autant de générosité et surtout avec autant d’abnégation, avec un aussi complet oubli de soi, de ses aises, de sa coquetterie de femme. Jugez-en. Du rez-de-chaussée au grenier, sous le haut toit vieillot, toutes les pièces sont converties en salles d’hôpital. Dans le grand salon à six fenêtres que séparent des glaces à trumeaux dans lesquelles le parc se reflète, vingt lits sont dressés. Des lits partout, dans le cabinet de travail, dans l’atelier de peinture, des lits dans les chambres, dans le petit salon. La salle de bain est abandonnée aux typhiques. Le cabinet de toilette est devenu salle d’opération. Dans la chambre claire et spacieuse de Mme P…C…, il y a maintenant six lits recouverts de cretonne rose où reposent les grands blessés. Quant à la jeune châtelaine, elle s’est fait une installation de fortune, une sorte de cellule près des chambres de ses domestiques, tout en haut, sous le pignon du toit. Plus de boudoir, plus de coin de repos, plus d’heures de farniente. Du matin au soir, habillée en infirmière, elle ne s’appartient plus, elle est toute à tous, l’esprit et le cœur tendus vers ces cinquante blessés ou malades qui se renouvellent sans cesse. Avec une autorité douce et charmante, cette femme timide ordonne, dirige, et sa seule joie, depuis dix mois, est de soulager et de guérir. Par ce bel après-midi de mai, les blessés convalescents, installés sur la terrasse, dans des fauteuils d’osier, regardent le soleil décliner derrière les marronniers en fleurs. La pente de la pelouse conduit leur regard jusqu’au fond de la vallée. A droite et à gauche les verdures des arbres s’arrondissent au ras du sol et, se gonflant et frissonnant dans leur feuillage étagé, font penser à d’énormes perroquets ventrus. Au-dessus des herbes drues, un cygne dresse son cou qui se tord. Un petit étang s’arrondit comme un miroir. C’est bien le décor où Watteau situait ses guitaristes culottés de satin, ses amoureuses aux amples jupes. Mais l’humanité de fantaisie qui dans l’imagination du peintre, s’embarquait ici pour Cythère est remontée depuis longtemps au paradis des poètes. Un blessé dans son fauteuil roulant bien calé dans ses oreillers ; un autre qui traine la jambe sous les arbres ; un autre qui a la tête enturbannée et qui joue au tonneau, voilà l’humanité trop réelle d’aujourd’hui. Et cette femme en blanc, les cheveux cachés sous le bandeau monastique de la Croix-Rouge, la complète mélancoliquement. Avec ses yeux tendres, son sourire un peu triste, la grâce émue de son visage très doux, elle est une des plus touchantes expressions de la femme d’aujourd’hui dont le charme nouveau est fait de deux mots désuets : modestie et dévouement. »

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Jeanne Smith (1857-1943)

Jeanne Smith naît à Paris en 1857. Sœur ainée de Madeleine Smith-Champion, on connait moins les détails de son existence. On sait qu’elle s’initie à la photographie en 1883. Elle prendra de très nombreux clichés illustrant la vie familiale à Nogent, l’activité de peintre de sa sœur ou les voyages accomplis avec sa mère et sa sœur, puis avec sa sœur et son mari, Pierre Champion en Europe, au Maghreb ou au Moyen-Orient. Elle entretiendra une relation de forte amitié avec Ottilie Roederstein, jeune femme peintre et élève comme Madeleine de Jean-Jacques Henner. Roederstein peindra plusieurs portraits de Jeanne dont un grand portrait en pied avec un lévrier daté de 1897. Ottilie Roederstein retournera ensuite en Suisse et sera la compagne de la première femme chirurgien allemande, Elisabeth Winterhalter, avec laquelle elle finira ses jours à Hofheim am Taunus (Hesse). Jeanne secondera efficacement sa sœur dans la gestion de l’hôpital militaire auxiliaire installé dans la propriété de Nogent pendant la guerre de 14-18. Elle apprendra les rudiments du métier d’infirmière à cette occasion. Elle s’installera dans la maison du 14, rue Charles VII où elle vivra avec sa compagne, rencontrée en 1912, Rosalie Pataud. Peu de temps avant le décès de sa sœur en 1940, Jeanne prendra des dispositions testamentaires qui confortent le legs consenti en 1937 par Madeleine à l’Etat français. Elle s’éteindra à Nogent, le 18 mars 1943. Elle est enterrée aux côtés de sa sœur et de ses parents dans le caveau familial du Père Lachaise.

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Madeleine Smith-Champion (1864-1940)

Madeleine Smith nait à Paris le 18 novembre 1864. Son père, Jules Smith, greffier au tribunal civil de première instance du département de la Seine, descend d’une famille d’origine anglaise implantée en France depuis le milieu du 18ème siècle. Sa mère, Léontine Lesouef, fait partie d’une famille aisée de négociants en métaux précieux. Madeleine a une sœur ainée, Jeanne, née en 1857. La famille vit entre la rue Michelet à Paris (5ème) et la propriété de Nogent au 14, rue Charles VII, l’actuelle Maison des artistes, que Jules a achetée en 1860 et que les Smith ne vont cesser d’agrandir par des achats successifs. Jules meurt prématurément en 1868. Au cours de la guerre de 1870, Léontine fuit Paris avec ses deux filles pour se réfugier dans l’Ouest de la France puis à Bordeaux. Les enfants sont élevées par des gouvernantes et des bonnes anglaises. Très tôt, avec leur mère, Jeanne et Madeleine entreprennent de nombreuses excursions en France et à l’étranger. Elles garderont ce goût leur vie durant. En 1887, Madeleine commence à peindre. Elle intègre l’atelier de Jean-Jacques Henner, l’un des rares artistes à enseigner à des femmes qui, à l’occasion, lui servent de modèles. Madeleine expose à partir de 1889 au Salon de la société des artistes français. Elle recevra la médaille de bronze en 1891 pour sa Jeanne d’Arc. En 1894, Léontine Smith fait l’acquisition du 16, rue Charles VII. Les deux propriétés contigües sont réunies. Madeleine expose régulièrement au Salon de la Société des artistes français. A l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, Madeleine présente plusieurs œuvres. Un projet de mariage entre Madeleine et Jean-Jacques Henner s’esquisse à cette époque qui sera interrompu par la maladie puis le décès de Henner en 1904. Dans le même temps, Pierre Champion, fils de l’éditeur Honoré Champion, commence l’inventaire des collections de l’oncle maternel de Jeanne et Madeleine, Auguste Lesouef qui mourra en 1906 léguant à sa sœur et à ses nièces l’ensemble de ses collections. En 1907, Madeleine épouse à 47 ans, Pierre Champion, âgé de 27 ans. Le mariage est célébré en l’église Saint-Saturnin de Nogent en présence de nombreuses personnalités dont Anatole France, les frères Tharaud, Pierre Louÿs, la duchesse de La Rochefoucauld-Bisaccia. En, 1908, la famille Smith s’oppose au projet de boulevard qui doit traverser le parc de la propriété de Nogent. En s’appuyant sur le souvenir du peintre Watteau qui y aurait vécu ses derniers mois, elle réussit à écarter le danger et obtient le classement du parc. En 1909, Mme Smith mère meurt, Madeleine et Pierre Champion s’installent au 16, rue Charles VII. Jeanne occupe de son côté, la maison du 14, rue Charles VII. Les années suivantes s’écoulent entre voyages (Italie, Grèce, Turquie, Tunisie, Algérie) et expositions annuelles dans les principaux salons. Lorsque la guerre éclate en 1914, Pierre part au front. Madeleine secondée, par sa sœur, ouvre l’hôpital militaire auxiliaire n° 73 à Nogent. Avec une équipe de médecins, d’infirmières et le personnel de la maison, elles accueilleront jusqu’à 70 blessés ou gazés. Raymond Poincaré, président de la République, visite les installations le 1er avril 1916. Dans le même temps, Madeleine dirige la construction, entre les deux maisons du 14 et du 16, rue Charles VII, d’un bâtiment-bibliothèque destiné à accueillir l’ensemble des collections de l’oncle Lesouef. Madeleine est décorée de la Légion d’honneur en 1920 pour son action pendant la guerre et reprend son activité de peintre. Pierre Champion est depuis 1919, maire de Nogent-sur-Marne. Madeleine délaisse les scènes de genre et se consacre aux portraits et aux nus de femmes qui seront chaque année exposés au Salon jusqu’en 1939. Elle peint par ailleurs, sans relâche des études du parc qui ne seront pas montrées. En 1937, Madeleine Smith institue l’Etat français, légataire universel. Elle s’éteint le 18 avril 1940 et est enterrée dans la sépulture familiale du Père Lachaise. Son époux, Pierre Champion organisera à Nogent une rétrospective de son œuvre où seront présentées 120 toiles.

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Hôtel Salomon de Rothschild

L’Hôtel Salomon de Rothschild qui abrite le siège de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques a été édifié entre 1873 et 1882 à l'initiative de la baronne Salomon de Rothschild, sur un projet de Léon Ohnet (1813-1874) suivi à sa mort par son élève Justin Ponsard. La décoration intérieure de l'Hôtel revient au peintre Léopold Moulignon (1821-1897).

Il s'agit d'une construction néoclassique dans le goût de l'architecture de la fin du XVIIIe siècle. L'Hôtel reprend plusieurs des éléments architecturaux contenus dans d'autres résidences de la famille Rothschild, notamment la disposition du hall avec sa galerie en encorbellement, la cheminée monumentale que l'on retrouve notamment au château de Ferrières. Un travail particulier a été effectué sur les éclairages zénithaux du hall, de la galerie qui conduit à la salle à manger et du jardin d'hiver, dont les proportions modestes sont amplifiées par un jeu astucieux de miroirs. L'intérieur fut aménagé somptueusement pour accueillir les collections réunies du baron Salomon et de sa veuve : pièces de mobilier et objets d'art de la Renaissance au XVIIIe siècle, collections de porcelaines, d'art oriental, d'armes, de curiosités diverses.

De l'hôtel Salomon de Rothschild subsistent, outre les très beaux volumes d'accueil et l'escalier d'honneur, la galerie qui surplombe le hall, ornée de verdures d'Aubusson du XVIIIe siècle, un plafond signé de Bocquet, peintre des Menus-Plaisirs, récupéré de la Folie Beaujon, les vestiges de la chapelle Saint-Nicolas, la rotonde Balzac qui conserve une paire de portes de la maison de Balzac et enfin, le cabinet de curiosités.

Ce cabinet que l'on retrouvait dans d'autres demeures Rothschild abrite ce qui reste des riches collections de l'hôtel dont une importante série de vitraux du Moyen Âge et de la Renaissance d'origine suisse et allemande, une collection de jades et d'objets d'art décoratif ou de curiosité extrême-orientaux, des pièces des XVIIe et XVIIIe siècles (mobilier, objets, tableaux) ainsi qu'une collection d'armes européennes et de diverses provenances . La pièce est aménagée dans le goût et dans l'esprit de la fin du xixe siècle (boiseries sombres, cuirs de Cordoue).

Le siège de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques, l'Hôtel Salomon de Rothschild a accueilli successivement la Bibliothèque d'art et d'archéologie léguée à l'État par le couturier et collectionneur Jacques Doucet, puis le cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale. Les locaux parisiens ont aussi abrité les espaces d’expositions du Centre national d’art contemporain avant la création du Centre Pompidou en 1977, puis l’Hôtel des Arts et enfin le Centre national de la photographie jusqu’en 2004 avant qu'il ne devienne le Jeu de Paume. D’autres structures dédiées au service des artistes (Maison des artistes, ADAGP, syndicats et associations diverses) ainsi que la Fondation Albert Gleizes sont toujours hébergées au 11, rue Berryer.

En 2005, l’hôtel a été classé Monument historique et amplement rénové. Sa location a une entreprise d’évènementiel a procuré à la Fondation, depuis 2011, les moyens d’engager de nouvelles actions de soutien aux artistes et notamment de développer un fonds de mécénat.

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Rotonde Balzac, Hôtel Salomon de Rothschild

Cet édifice circulaire a été construit
en 1891 à l’angle de la rue Balzac et
de la rue Berryer, à la demande de
la baronne Salomon de Rothschild (1843-1922).
Il parachève l’ensemble immobilier édifié de 1874 à 1878 par Léon Ohnet et Justin Ponsard pour la baronne Salomon, sur l’emplacement du pavillon de la Chartreuse conçu par Nicolas Girardin pour le financier Beaujon.

Une partie de la propriété de Beaujon fut acquise par Honoré de Balzac en 1846. Balzac n’y résidera que du 21 mai 1850, date de son retour en France après son mariage avec la comtesse Hanska, au 18 août 1850, date de son décès.

Mme Hanska demeurera rue Balzac après la mort de l’écrivain. Son gendre, le comte Georges Mniszech, acquerra, en 1872, la parcelle voisine sur laquelle était édifiée la chapelle Saint-Nicolas du Roule et entreprendra de remodeler l’ensemble avec l’aide de l’architecte Eugène Monnier. La nef de la chapelle sera détruite en 1876 et les colonnes serviront de limite de propriété entre l’hôtel de Rothschild en construction et la demeure de la comtesse Hanska. Elles s’y trouvent toujours. Le comte Mniszech fera également édifier une rotonde de style Renaissance à l’angle de la rue Balzac et de la rue Berryer, vraisemblablement pour y installer sa collection de coléoptères.

Quelques mois avant sa mort en avril 1882, la veuve Balzac céda sa propriété à la baronne de Rothschild. L’ensemble fut entièrement démoli, à l’exception du chœur de la chapelle réinstallé comme une fabrique dans le nouveau jardin dessiné sur la parcelle. La rotonde Mniszech fut remplacée par l’actuelle rotonde « Balzac » pour l’aménagement de laquelle la baronne fit récupérer les boiseries conçues par Monnier pour le comte Mniszech ainsi que deux portes de marqueterie qui ornaient la chambre de Balzac.

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Maurice Guyot (1898-1991)

Maurice Guyot dit Maurice Guy-Loë

Maurice Guyot nait à Lyon le 19 mai 1898. En 1912, il décide d’abandonner ses études secondaires pour se consacrer à la peinture. Il est admis à l’Ecole nationale des Beaux-Arts dans l’atelier de Cormon. Il sera également l’élève de Raphaël Colin. Il participe à la guerre 14-18 et prend part notamment aux combats autour de Château-Thierry où son régiment se distingue.
Il est ensuite affecté en 1919 au 8ème génie et est envoyé en Turquie pendant un an.

Après des débuts difficiles, il reçoit une bourse de la fondation américaine Florence Blumenthal qui lui permet de produire et d’exposer dans les principaux salons (Tuileries, Nationale des Beaux-Arts, salon d’Automne, Indépendants). En 1924, il adopte le pseudonyme de Guy-Loë puis obtient plusieurs bourses de voyage à Rome et au Royaume-Uni. A partir de 1931, il reçoit ses premières commandes importantes pour le salon de musique du pavillon Deutsch de la Meurthe à la Cité universitaire ou pour le parloir de Janson-de-Sailly. En 1937, il participe à la décoration du pavillon des Etats pontificaux à l’Exposition universelle.

Pendant la deuxième guerre, il commence à s’occuper de la situation de ses camarades artistes en tant que secrétaire général de l’Entraide. Il fonde la première coopérative qui va s’établir rue Berryer à l’hôtel Salomon de Rothschild.

À la fin de la guerre, il persuade les autorités du ministère des Beaux-arts de créer une maison de retraite pour artistes âgés dans la propriété léguée à l’Etat par la famille Smith-Champion à Nogent-sur-Marne. Ce sera la Maison nationale des artistes. Il commence à l’aménager et s’y installe comme premier directeur.

En 1947, il reçoit les premiers artistes résidents. Il travaillera parallèlement à la mise en place d’un système de sécurité sociale pour les artistes.

En 1961, il épouse Henriette Noufflard, fille des peintres André et Berthe Noufflard. Dans les années 60, il recevra plusieurs dons qui lui permettront d’agrandir et d’améliorer les conditions d’accueil de la Maison nationale des artistes. Il participe également au développement de la construction d’ateliers dans le parc de la Maison avec l’appui de Bernard Anthonioz au ministère de la culture.

En 1976, la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques est créée et reçoit la gestion de la Maison nationale des artistes. Guy-Loë continuera à participer à la vie de la Maiosn et de la Fondation jusqu’à son décès le 24 mars 1991.

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Bernard Anthonioz (1921-1994)

Initiateur de la création de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques en 1976, Bernard Anthonioz a consacré sa vie entière au service des artistes et au développement de la création contemporaine dans le domaine des arts plastiques.
Né à Genève, il poursuivra des études de lettres à Lyon au début de deuxième conflit mondial. Avec Albert Béguin, son ancien professeur de latin et de grec, il fonde, en 1941 après l’interdiction de revues comme Esprit, les Cahiers du Rhône. Il se chargera de faire passer en Suisse pour les publier des oeuvres comme Les Yeux d’Elsa d’Aragon et contribuera, pendant cette période troublée, à la diffusion de textes d’Eluard, Bernanos, T.S. Eliot, Mounier, Saint-John-Perse, Maritain, Cayrol o P. Emmanuel.


Il tisse ses premiers contacts avec l’art contemporain en entrant chez Skira après la guerre et en publiant des monographies sur Giacometti, Balthus, Léger ou Matisse. C’est à cette époque qu’il rencontrera André Malraux. Il travaillera un temps au Commissariat général au Tourisme dont il modernisera l’image en employant des photographes comme Brassaï, Cartier-Bresson ou Doisneau avant de rejoindre Malraux, au ministère de la Culture en 1958 pour suivre à son cabinet la mise en place des lois sur le patrimoine, la sauvegarde des monuments historiques, la valorisation du patrimoine contemporain comme la Villa Savoye.


En 1962, il prend la direction du nouveau service de la création artistique où il fonde les principaux mécanismes toujours en vigueur dans le secteur (1%, commande publique, loi sur les dations, aide à la première exposition,…). Il renforce la protection juridique et sociale des artistes (extension de la Sécurité sociale, construction d’ateliers, décret sur les œuvres originales).Il crée le Centre national des arts contemporains qui, avant le Centre Georges Pompidou, fera connaître Karal Appel, Sam Francis, Morellet, César, Vieira da Silva, Raynaud Rancillac , Morellet, Klein et tant d’autres. Il encourage les premières grandes rétrospectives de Picasso, Braque, Chagall, Miro ou Matisse et relance les grandes institutions comme Sèvres ou Les Gobelins par la commande publique à de jeunes artistes comme Zao-Wou-Ki, Rebeyrolle, les Lalanne, Debré Soulages, Hadju,…

Après son départ du ministère, il contribuera au développement d’institutions privées ou de fondations (Gleizes, Dina Vierny, Maeght, Le Corbusier). En 1976, il créera la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques et sera membre du conseil d'administration jusqu'à sa mort en 1994. La Fondation a tenu à donner son nom au centre d’art qu’elle a ouvert en 2006 à Nogent-sur-Marne, la Maison d’Art Bernard Anthonioz.